L’idée de créer une police religieuse est dans la tête des dirigeants
de la Mutahida Majlis-e-Amal (MMA) depuis longtemps. En 2003, un
premier texte a été débattu. Puis, en juillet 2005, la MMA a fait voter
une loi appelée Hasba qui prévoyait notamment la création de médiateurs
locaux appelés mohtasib.
Ils devaient être chargés de faire respecter la Sharia en conseillant
l’administration locale et les médias et en protégeant les valeurs
islamiques (fermeture des magasins le vendredi, jour de la grande
prière). Mais, le gouverneur de la province a refusé de la signer,
procédure préalable à son application, car selon lui elle permettait la
création d’une force de police parallèle. Le mois suivant, la Cour
suprême invalidait la loi.
Lundi,
la MMA a proposé au vote une nouvelle version de la Hasba Bill qui
prend en compte les recommandations de la Cour suprême. « La loi a été préparée en accord avec les dispositions de la Constitution et les directives de la Cour suprême »,
a déclaré Malik Zafar Azam, ministre de la Justice de la NWFP. La loi
établit deux organes distincts : un département dirigé par un religieux
et une force de police dont la mission sera de faire appliquer les
décisions du département. Les actions du département seront supervisées
par un comité de six personnes : deux religieux, deux juristes et deux
fonctionnaires. Leur rôle est d’aider le gouvernement à combattre la
corruption, à éliminer le travail des enfants et à protéger les droits
des femmes et des minorités religieuses. Le texte a été vote par
soixante-six députés de la MMA alors que trente membres de l’opposition
se sont abstenus.
Officiellement,
la loi vise à éradiquer les pratiques contraires à l’islam par la
persuasion douce et la prédication. Néanmoins, les critiques s’abattent
sur la MMA qui est accusée de vouloir créer un département de la
promotion de la vertu et de la répression du vice sur le modèle
coercitif mis en œuvre par les taliban lorsqu’ils étaient au pouvoir en
Afghanistan. « La dictature des religieux n’est pas acceptable », a déclaré Begum Nighat Yasmin Aurakzaij, députée de l’opposition. « Cette loi va encourager la talibanisation de la province », a estimé Mushtaq Ahmed Ghani, député de la Ligue musulmane pakistanaise Quaid, le parti présidentiel.
Au
pouvoir dans la NWFP depuis les élections de 2002, la MMA a pris de
nombreuses mesures allant dans le sens d’une islamisation de la
société. La musique a été interdite dans les transports publics. Les
docteurs n’ont pas le droit de soigner des patientes et les hommes ne
sont plus autorisés à entraîner des femmes athlètes ou à regarder des
compétitions sportives mettant aux prises des femmes.
En
vertu de l’article 116 de la Constitution de 1973, la loi doit être
promulguée par le gouverneur de la province, le général (en retraite)
Ali Mohammad Jan Aurakzai. Ses prédécesseurs, Iftikhar Hussain Shah et
Khalil-ur-Rahman s’y étaient refusés.
Avec Reuters, AP et Dawn