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Somalie
La menace des barbus
Les milices islamistes au pouvoir à Mogadiscio ont
déclaré la « guerre sainte » contre l'Ethiopie, dont les troupes
soutiennent le gouvernement provisoire confiné à Baidoa. Un nouvel
embrasement de la région en perspective ? Eclairage
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| un jeune drogué puni de 17 coups de fouet: depuis juin, l'ordre règne à Mogadiscio. Celui des Tribunaux islamiques. |
La nouvelle descente aux enfers de la Somalie trouve
peu d'écho dans le monde. Le conflit qui s'y déroule et dans lequel
sont impliquées l'Ethiopie et l'Erythrée menace pourtant de
déstabiliser toute la région. Mais quels médias prendraient le risque
d'envoyer sur le terrain leurs reporters, alors que l'opinion publique
semble lasse des scènes de violence ordinaire en Afrique, images
masquées par plus d'horreur encore en Irak ou en Afghanistan. De même,
pour les gouvernements occidentaux, belge notamment, le souvenir de
l'issue désastreuse de l'aventure américano-onusienne de 1992-1994 en
Somalie alimente l'idée qu'il vaut mieux ne se mêler de rien dans ce
pays instable et hostile à toute ingérence étrangère.
Certes, on
s'est habitué à le voir livré, depuis quinze ans, au chaos sanglant des
chefs de guerre, qui a fait entre 300 000 et 500 000 morts. Mais voilà
que, depuis juin dernier, un mouvement bien armé et bien organisé
contrôle la capitale, Mogadiscio, sous le nom de Tribunaux islamiques.
Ce groupe, qui prône la création d'un « émirat » en Somalie, vient
de s'installer, sans coup férir, à Kismayo, le grand port du Sud
somalien, où patrouillaient naguère les paras belges. Des incidents ont
éclaté quand les « barbus » ont retiré des bâtiments publics le drapeau
national, une étoile blanche sur fond d'azur, pour le remplacer par un
drapeau noir marqué de la première sourate du Coran : « Il y a un seul
Dieu, Mahomet est son prophète. » En zones conquises, les tirs ont
cessé, les barrages de pillards ont disparu, mais les Tribunaux
islamiques, cousins africains des talibans, interdisent l'alcool et
ferment les cinémas.
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Leurs adversaires, les fameux « seigneurs » de la
guerre, ont, pour la plupart, pris la fuite dans les pays voisins et
les Etats arabes. Comble de l'ironie, ces chefs mafieux, qui avaient
infligé aux GI une défaite cuisante en 1993, avaient été promus, en
février dernier, alliés privilégiés des Etats-Unis. L'antiterrorisme
américain avait misé sur eux par crainte de voir la contrée martyre
devenir un refuge de militants d'Al-Qaeda. Mais les valises de dollars
distribuées par la CIA n'ont pas eu l'effet escompté. Excédés par le
regain de violence, les habitants de la capitale ont, pour beaucoup,
rallié le camp islamiste, ravitaillé en armes par l'Erythrée.
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Prêts à intervenir Si
l'Erythrée livre ainsi du matériel militaire aux cheiks somaliens,
c'est pour embarrasser son ennemie de toujours, l'Ethiopie, qui
soutient à bout de bras le gouvernement fédéral de transition (TFG),
dernier rempart contre la déferlante des Tribunaux islamiques. Confiné
à Baidoa, à 250 kilomètres au nord-ouest de Mogadiscio, le « TFG » est
un montage institutionnel péniblement bricolé par l'ONU et sept pays
d'Afrique de l'Est. Objectif : donner aux Somaliens une ultime chance
de restaurer leur Etat. Mais ce gouvernement intérimaire, assemblage de
plusieurs tendances aux leaders plus ou moins fiables, n'a jamais été
en mesure d'imposer son autorité à l'ensemble du pays. Des témoins
signalent la présence, à Baidoa, d'importants contingents éthiopiens. «
Affirmations grossières, assure au Vif/L'Express une source au sein du
TFG : nos forces de sécurité ont des instructeurs éthiopiens, mais
Addis-Abeba n'interviendra en force qu'en cas d'attaque lourde sur
Baidoa, pour mettre à l'abri les membres du gouvernement. Les
Ethiopiens ont massé à la frontière plusieurs divisions de troupes
d'élite, avec chars et hélicoptères. Ils peuvent arriver chez nous en
très peu de temps. Pourquoi, dès lors, prendraient-ils le risque
politique d'avancer leurs lignes ? »
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Les Tribunaux islamiques ont néanmoins déclaré la «
guerre sainte » à l'Ethiopie, accusée, le 10 octobre, d'avoir pris le
contrôle, pendant quelques heures, de Buur Hakaba, une ville
stratégique située entre la capitale et Baidoa. Résultat : des milliers
de Somaliens sont allés grossir les rangs, ces derniers jours, de leurs
compatriotes qui s'entassent dans des camps de réfugiés au Kenya. Et
l'ONU a retiré son personnel des zones islamistes. Doit-on s'attendre à
un embrasement de toute la Corne de l'Afrique ? « C'est n'est pas sûr,
estime un diplomate européen en poste dans la région. Les milices
islamiques n'ont pas, à ce stade, les moyens militaires de leur
fanatisme. Mais il y a un grand risque d'actions terroristes. » Fin
2001, l'administration Bush examinait la possibilité d'une opération
militaire en Somalie, en vue de détruire des camps d'entraînement
d'Al-Qaeda dans ce pays. Mais les services de renseignement américains
n'ont pu repérer des objectifs probants. « Cinq ans plus tard, les
mouvements terroristes, protéiformes, sont toujours aussi difficiles à
localiser, confie un conseiller du gouvernement transitoire. Seule
certitude : des madrasas, les écoles coraniques, enseignent d'autres
matières que la parole du Prophète ! »
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20 octobre 2006
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