Maroc: création d'un collectif de lutte contre la pédophilie
RABAT - Un collectif de lutte contre la pédophilie au Maroc
s'est constitué samedi à Rabat alors que ce phénomène connaît une
progression alarmante au Maroc, selon les organisateurs.
Vingt
cinq ONG, dont "Touche pas à mes enfants" (Ma tqiss ouladi), l'Union
des jeunes avocats de Rabat et le Centre marocain des droits de l'Homme
(CMDH), se sont associées pour demander un renforcement de la
législation marocaine jugée "laxiste", a indiqué Khalid Cherkaoui
Semouni, coordonnateur de la "Coalition contre les abus sexuels commis
sur les enfants" - et président du CMDH.
"Il faut prendre exemple
sur la France qui punit sévèrement les crimes de pédophilie alors qu'au
Maroc, les condamnés écopent de seulement deux ou trois ans de prison",
a-t-il dit en déplorant que des accusés bénéficient de la liberté
provisoire avant le procès.
Le code pénal marocain punit de deux
à cinq ans de prison le viol ou tentative de viol commis sans violence
sur un mineur de moins de 18 ans, et de cinq à 10 ans de prison quand
il y a usage de violence. Quand la victime est handicapée, la peine
encourue varie entre 10 et 20 ans de prison.
Les abus sexuels sur les enfants connaissent une "évolution considérable" au Maroc, indique une plate-forme de la coalition.
Trois
Marocaines ont témoigné. L'une d'elles, Najat Al Amma, de Rabat, a
assuré que son mari, chômeur, a violé leur fille de quatre ans.
"La
police ne m'a pas cru, m'accusant de vouloir simplement obtenir un
divorce, et il a fallu que je tombe sur l'association +Touche pas à mes
enfants+ pour être vraiment écoutée", a-t-elle ajouté.
Le père comparaîtra devant un tribunal le 11 décembre, a annoncé la présidente de l'association Najia Adib.
"Au
niveau judiciaire, il faut traiter la pédophilie comme on traite le
terrorisme. Aucun enfant n'est à l'abri", a affirmé Mme Adib, indiquant
qu'elle avait créé son association après que son fils eut été violé par
le gardien d'une crèche à Rabat.
"La législation marocaine doit
être conforme à la législation internationale dans ce domaine", a par
ailleurs déclaré M. Semouni, ajoutant que "la sensibilisation à l'école
et dans les média est aussi primordiale".
Contactée par
téléphone, Najat Anouar, présidente de l'association "Touche pas à mon
enfant" (Ma tquiss Oueldi), basée à Marrakech (sud), a salué le
lancement à Rabat d'une coalition d'ONG. "Nous ne serons jamais assez
nombreux pour lutter contre la pédophilie", a-t-elle dit, déplorant
toutefois que le nom de son ONG ait été, selon elle, "plagié" par une
autre association.
(©AFP / 11 novembre 2006 15h56)