EDITO: EXCLUSIF ISRAEL IMMIGRES Les Travailleurs Immigrés dans le Collimateur du Gouvernement Israélien - La répression d'Israël contre les immigrés clandestins va être encore renforcée

Permalink Consulter les précédents éditos

Le renvoi des travailleurs immigrés est au centre d’une des principales réformes économiques envisagées pour l’année prochaine.

Objectif : instaurer un quota maximum d’immigration équivalent à 3% de la population active, soit 80.000 immigrés au lieu de 180.000 aujourd’hui.

nov06

Par Jacques Bendelac, à Jérusalem

La répression contre les immigrés clandestins d’Israël va être encore renforcée.

La Loi de finances pour 2007, qui est examiné ces jours-ci par la Knesset, consacre un chapitre entier à « l’augmentation des opportunités d’emploi pour les Israéliens ». Comprenez : le renvoi des immigrés.

En effet, le gouvernement israélien s’était engagé, lors de sa constitution en avril 2006, à limiter l’effectif des travailleurs étrangers à 3% de la population active d’Israël, soit un quota maximum de 80.000 immigrés.

En juillet 2006, le Bureau israélien des Statistiques recensait 180.000 immigrés, réguliers comme clandestins. Autrement dit, le gouvernement israélien compte se débarrasser de 100.000 immigrés dans les quatre années à venir.

Parmi les 180.000 étrangers recensés sur le territoire israélien, quelque 80.000 sont en situation irrégulière. Ces clandestins sont, pour la plupart, des étrangers qui ont pénétré en Israël avec un visa de touriste et y sont restés pour travailler illégalement.

Aujourd’hui, les principaux pourvoyeurs de main d’œuvre étrangère à Israël sont la Thaïlande (30% des immigrés), les Philippines (24%), la Roumanie (15%) et la Chine (10%).

Pour réduire de façon significative l’effectif des immigrés en Israël, le gouvernement envisage des mesures draconiennes censées prendre en compte les besoins de chaque branche d’activité :

  • dans le bâtiment, l’effectif des immigrés diminuera progressivement, de 12.000 en 2007 jusqu’à leur disparition totale à partir de 2010.
  • dans la restauration, aucun nouveau permis de travail ne sera accordé à des étrangers à partir de janvier 2007.
  • dans l’industrie, les permis ne seront plus délivrés à partir de juillet 2007.
  • dans l’agriculture, les permis de travail à des étrangers seront supprimés à partir de 2011.
  • dans l’aide ménagère à domicile, les Israéliens seront encouragés à remplacer progressivement les étrangers, mais aucun calendrier n’a encore été prévu.

Seuls les étrangers considérés comme des « spécialistes » dans leur profession se verront délivrer un permis temporaire de travail.

Autre mesure dissuasive : le coût de l’emploi d’un étranger va augmenter, ce qui diminuera son attractivité pour l’employeur. Le Trésor israélien propose de relever la redevance que les employeurs versent pour l’emploi d’un travailleur étranger, de 10% des salaires aujourd’hui, à 18% en 2007. Cette mesure vise à encourager l’emploi de salariés israéliens à la place des étrangers, notamment dans les branches à forte proportion d’immigrés comme la construction et l’agriculture.

Autre volet de la lutte contre l’immigration sauvage : la répression contre les immigrés clandestins va être renforcée. C’est la Police de l’Immigration, créée en 2003, qui est chargée de l’expulsion des travailleurs clandestins. Depuis sa création, cette nouvelle police indique que 150.000 étrangers ont quitté le territoire israélien, certains ont été expulsés de force, d’autres ont quitté le pays de leur plein gré. Mais il semble que le système répressif n’empêche pas de nouveaux immigrés de pénétrer chaque année sur le territoire israélien et de travailler dans la clandestinité.

Les employeurs aussi sont dans le collimateur du gouvernement israélien. Les tribunaux ont été priés de faire preuve de fermeté envers les contrevenants. En septembre dernier, deux sociétés de travail intérimaire étaient jugées pour avoir employé des centaines d’étrangers en situation irrégulière. Le Tribunal des Prud’hommes de Tel Aviv les a condamnées à une amende de 2,2 millions de shekels (500.000 dollars), soit la plus forte amende jamais infligée pour ce type de délit.

Pour l’heure, le patronat israélien crie au scandale. Depuis que les Palestiniens ne peuvent plus venir travailler en Israël, les immigrés représentent, pour de nombreux employeurs, une main d’œuvre docile et bon marché. Leur départ risque de paralyser complètement certains secteurs qui sont, comme la construction, largement tributaire de la main d’œuvre étrangère.

Jacques Bendelac est l’auteur du livre « La nouvelle société israélienne » publié récemment aux éditions Page après Page.

Permalink Consulter les précédents éditos

Imprimer cette page - Retour en haut de la page