|
|
 |
Terrorisme
La taupe d'al Qaeda vivait à Bruxelles
Christophe Lamfalussy
Mis en ligne le 17/11/2006 - - - - - - - - - - -
Radicalisé en Belgique, entraîné en
Afghanistan, un Belgo-Marocain révèle dans un livre un parcours
étonnant. Il dit avoir travaillé sept ans pour la DGSE et le MI5.
Un Marocain de Belgique, devenu islamiste
radical à Bruxelles, a travaillé pendant sept ans à l'intérieur d'al
Qaeda pour le compte des services secrets français et britanniques. Cette
révélation fracassante figure dans le livre qu'Omar Nasiri - un nom
d'emprunt - vient de publier en plusieurs langues en Europe. La
campagne de presse a débuté jeudi soir par une interview de
l'auteur-espion sur Newsnight à la BBC2. Le livre, "Au coeur du
Djihad", est publié en français chez Flammarion. Le parcours
d'Omar Nasiri résume de façon exemplaire la vague djihadiste des années
90 qui a préparé les attentats de 2001 et d'après : une famille
déchirée entre l'Afrique du Nord et la Belgique, des trafics de drogue
et d'armes, la récupération par un groupe islamiste, puis l'envoi dans
les camps afghans. Né en 1967 à Tanger, arrivé en Belgique en
novembre 1993 pour y rejoindre sa mère, Omar Nasiri s'est radicalisé en
Belgique au contact de son frère aîné. "Il voulait que je devienne comme lui. Il voulait que je prie comme lui", a-t-il dit sur la chaîne britannique. Sa spécialité ? Les armes Dans
la capitale belge, son frère l'introduit auprès d'un groupe de
salafistes, le GIA algérien, qui va l'entraîner avec lui. Il deviendra
le fournisseur en armes et en explosifs du groupe. "Nous avions des M16 et des kalachnikovs", dit-il, fasciné. Le
jeune Marocain va être impliqué dans deux opérations au moins. La
première est l'acheminement, à partir de Bruxelles, d'une Audi bourrée
d'explosifs, de munitions et de billets de banque, laquelle allait
servir selon lui à un attentat à Alger (14 morts). La seconde est la
fourniture d'armes et munitions au commando du GIA qui a détourné fin
1994 un Airbus d'Air France qui assurait la liaison Alger-Paris (3
morts). "C'étaient mes balles", dit-il. "Et qui il y avait dans l'avion ? Juste des immigrants, des Arabes !". La
police belge va cependant mettre fin à la cellule du GIA, dirigée alors
par Ahmed Zaoui, lors de plusieurs raids à Bruxelles en mars 1995. Les
policiers mettent la main sur un manuel terroriste dont la première
page contient une dédicace à Oussama Ben Laden. Nasiri échappe à
l'arrestation. Il "n'a pas joué de rôle dans l'affaire Zaoui", nous explique un policier belge de l'antiterrorisme. "Il n'a pas été arrêté". En
fait, Nasiri se trouvait dans une situation délicate. Les membres du
GIA lui reprochaient d'avoir détourné 25 000 francs, et, pour lui, cela
signifiait un arrêt de mort. Paniqué, Nasiri prend contact avec le
Consulat de France à Bruxelles où il est mis en relation avec un
certain Gilles, agent de la DGSE. "Quand il a été retourné, les carottes étaient déjà cuites" pour le GIA, explique le policier belge. Exfiltré par la DGSE Les
autorités belges trouvaient Nasiri fort encombrant. Elles ont donc
demandé aux Français d'exfiltrer le Marocain. Et c'est vers
l'Afghanistan que l'homme part, en mai 1995. Repéré à Peshawar par Abou
Zoubeida, le recruteur d'al Qaeda, il part s'entraîner aux camps
afghans de Khalden, puis de Darunta. "J'étais étonné par la quantité d'armes avec lesquelles on s'entraînait et par ce qu'on y apprenait, dit-il. L es
explosifs, les assassinats, les raids sur des lieux civils ou
militaires, les kidnappings sur la route, les exécutions dans les cafés". Nasiri
entre donc, en Afghanistan, dans l'internationale du djihad qui gravite
autour de Ben Laden. Mais, en sous-main, il travaille pour les
Français, qui l'ont refilé aux Britanniques du MI5. Le jeune
Marocain arrive en juillet 1996 à Londres avec pour mission de former
une cellule dormante. Il fréquente les imams radicaux de la métropole,
Abou Hamza (dont la main a explosé lors de la manipulation de
nitroglycérine, selon lui) et Abou Qatada. Londres est un choc
culturel. "C'était fantastique. Je buvais du vin, fumais des cigarettes et rencontrais des filles", dit-il. Nasiri
affirme ne pas avoir été pris au sérieux par l'antiterrorisme
britannique, qui a longtemps minimisé le Londonistan et ignoré ses
liens internationaux. "Nous n'avons perçu la signification, la croissance rapide" de ce mouvement, reconnaît Robert Milton, spécialiste de l'antiterrorisme à la police londonienne entre 1996 et 1998. "J'ai le sentiment que j'ai risqué ma vie pour rien, absolument pour rien", conclut un espion désenchanté.
© La Libre Belgique 2006
- - - - - - - - - - - Retour
 |
|
Liens publicitaires |
|
 |
 |
Ces
annonces sont générées automatiquement au regard du contenu de la page.
Nous ne pourrions être tenus responsables ni garantir la qualité de ces
associations. Contact : lalibre@saipm.com
|
 |
|
|
 |
|