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Le
pape Benoît XVI, déjà promis à un accueil peu chaleureux lorsqu'il se
rendra en Turquie fin novembre, risque en outre de s'y faire tuer.
C'est du moins ce qu'affirme dans son dernier roman un auteur turc,
semant l'inquiétude chez les représentants du Vatican.
Photo: Le pape Benoît XVI
Dans
le livre de Yücel Kaya, "Complot contre le pape", le chef de l'église
catholique se rend à Istanbul pour proposer au plus haut dignitaire du
monde orthodoxe, le patriarche de Constantinople, de mettre fin à
plusieurs siècles de schisme et d'unir leurs forces afin de
christianiser le Proche-Orient.
Benoît XVI est cependant victime en Turquie d'un
attentat à la bombe commis selon toute apparence par des islamistes
turcs téléguidés depuis Téhéran, mais en fait fomenté par
l'organisation catholique ultra-conservatrice Opus Dei, la loge
maçonnique P2 et les services secrets américains.
L'ouvrage aurait sans doute fini à brève
échéance dans les oubliettes de la littérature si l'indignation
soulevée dans le monde musulman par les déclarations du souverain
pontife sur l'islam et plusieurs attaques visant des prêtres en Turquie
n'avaient fait naître des craintes pour sa sécurité.
Dans ce contexte tendu, le livre a valu à son
auteur une visite du représentant du Vatican à Istanbul, George
Marovitch, irrité par la couverture du livre, sous-titré "Qui va tuer
le pape à Istanbul?" et montrant le pape visé par un tireur barbu sur
fond de croix enflammée.
"Je craignais que des types pas normaux lisent
le livre et en tirent une inspiration", a expliqué à l'AFP Mgr
Marovitch, indiquant avoir demandé au romancier une lettre détaillant
ses motivations, qu'il a présentée aux dignitaires de la petite
communauté catholique de Turquie.
Un prêtre catholique a été abattu en février par
un adolescent à Trabzon (nord-est) alors que la crise suscitée dans le
monde musulman par la publication dans des journaux européens de
caricatures du prophète Mahomet battait son plein.
Deux agressions de religieux catholiques ont été commises dans les mois suivants, dans l'ouest et le nord de la Turquie.
Benoît XVI s'était déjà acquis la réputation de
"pape anti-turc" en estimant, alors qu'il était encore cardinal, que
l'éventuelle adhésion de la Turquie à l'Union européenne serait "une
énorme erreur" et une "décision contre l'histoire".
Il a "aggravé son cas" aux yeux des Turcs,
musulmans à plus de 99% même si la Turquie est une république laïque,
en faisant des remarques liant l'islam et la violence.
Sa visite en Turquie, prévue du 28 novembre au 1er décembre, a néanmoins été maintenue.
"Nous n'avons pas d'inquiétudes à
propos de la sécurité du pape", a commenté Mgr Marovitch, ajoutant que
les responsables du Vatican et d'Ankara d'étaient rencontrés à deux
reprises et "ont dressé tous les plans pour la sécurité de la visite".
Le représentant du Vatican a assuré que les
théories avancées par M. Kaya "n'ont rien à voir avec la réalité -
comme 'Da Vinci Code'", le best-seller international de l'auteur
américain Dan Brown.
Interrogé par l'AFP, l'auteur a pour sa part défendu la plausibilité de son scénario.
"J'ai fait beaucoup de recherches. Si vous
assemblez toutes les pièces du puzzle, vous voyez que toutes les
conditions sont en place pour une telle tentative d'assassinat", a-t-il
affirmé, indiquant avoir écrit son livre d'abord pour prévenir les
autorités turques du danger.
"Si le pape est tué ici, ce sera un désastre
pour la Turquie", a souligné le romancier, dont le livre s'est selon
lui vendu pour l'heure à 10.000 exemplaires.
Le Turc Mehmet Ali Agca, qui avait tenté en 1981
d'assassiner le précédent pape Jean Paul II et apparaît brièvement dans
le roman de M. Kaya, a lui aussi évoqué depuis sa prison le mois
dernier un danger attendant Benoît XVI en Turquie et a appelé le
pontife a annuler son voyage.
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