Un film sur le désir féminin censuré et déprogrammé en Egypte
LE CAIRE - Centré sur le désir féminin et le refus de
l'excision, le film "Dunia" de la cinéaste libanaise Jocelyne Saab, a
été censuré et déprogrammé mardi en Egypte, selon la réalisatrice.
Dunia,
qui a déjà été présenté dans plusieurs festivals dans le monde, n'a pas
reçu son visa d'exploitation, officiellement pour non paiement des
taxes aux syndicats de la profession, a indiqué la distribution.
La
veille, le film avait aussi fait l'objet d'une mesure de censure
portant sur deux plans, l'un sur la mutilation génitale d'une fillette,
pratique quasi généralisée en Egypte, et l'autre montrant une scène
d'amour.
Ayant fait scandale lors de sa première projection, il y
a un an, dans le cadre du Festival du Caire, il devait sortir mardi
soir dans dix-huit salles au Caire et d'autres villes égyptiennes.
"C'est
un flop terrible, les gens vont aller dans les salles, et ils vont
casser le film en disant que je n'ai pas payé ces taxes syndicales
absurdes", a dit à l'AFP Jocelyne Saab, fustigeant également la censure.
Le
directeur de la censure, Ali Abou Chadi ainsi que la distributrice
Essaad Younès, ont déclaré à l'AFP que le non-paiement de ces taxes
était la seule raison de la non sortie en salle, mardi, de Dunia.
"Ce
n'est pas à nous de payer, mais à la production, et elle ne l'a pas
fait", a affirmé Mme Younès, directrice de la Société arabe pour la
Production et la Distribution cinématographiques.
Pour Jocelyne
Saab, qui n'a cessé de rencontrer en deux ans des obstacles, se faisant
même désavouer par ses deux acteurs principaux, Hanan Turk et Mohamed
Mounir, son film est devenu "insupportable à voir" en Egypte.
Dunia,
qui veut dire "monde" en arabe, suit le parcours initiatique d'une
jeune égyptienne, elle-même excisée, vers le désir et la liberté de
pensée, à travers la danse et la poésie soufie, enseignés par deux
maîtres.
Très allusif, pudiquement filmé, et plus suggestif que
réaliste, il montre également une scène d'excision d'une adolescente
avec une lame de rasoir que la censure a exigé de couper.
En
dépit d'une opposition officielle, en particulier de Suzanne Moubarak,
l'épouse du président, cette tradition non islamique est généralisée.
Selon Amnesty International, 97% des femmes égyptiennes sont excisées.
"C'est
un crime contre l'humanité, j'ai filmé cette scène avec délicatesse,
mais je crois que les Egyptiens ne supportent pas de se voir dans un
miroir", estime la cinéaste pour qui cette société est "malade de
frustration".
Sous l'influence d'un prédicateur saoudien, la
star qui incarne Dunia, Hanane Turk a annoncé en juin qu'elle revêtait
le voile islamique, et a appelé à l'iranisation des vedettes
égyptiennes.
D'un budget de 1,3 millions d'euros, Dunia est une coproduction internationale (France, Egypte, Liban et Maroc).
(©AFP / 08 novembre 2006 17h08)